samedi 23 septembre 2017

Musica - La Passion selon Sade: L'érotisme dans le boudoir - ou la chambre (froide)..

Le coup de génie d'Antoine Gindt pour cette heure passée dans le boudoir avec "La Passion selon Sade", c'est d'avoir su marier avec une subtile intelligence quatre oeuvres totalement imbriquées l'une dans l'autre et qui vont rythmer une "passion" qui a des accents christiques.


Musica 2017 - La Passion selon Sade - Photo: lfdd


Dès le premier abord, le dispositif surprend, puisque la pièce démarre par la harangue de Donatien Alphonse François de Sade "Français, encore un effort si vous voulez être républicains", qui nous fait nous retrouver face à une estrade politique. Et avons droit à un vrai discours plus réaliste qu'électoral. Le point d'humour étant que le sens de ce discours sera "perverti" par la superposition de la Sonata Erotica d'Erwin Schulhoff (qui date de 1919) - et que je vous le propose à l'écoute:



L'attente et les préliminaires faisant aussi partie de la passion érotique, nous aurons droit à une sorte de ballet de déshabillage en chambre et autour d'un réfrigérateur qui contient quelques attributs érotiques ou de la passion (des chaussettes, des gants ou un crucifix). La mise en scène de ce théâtre de l'érotisme, avec ces deux protagonistes - le Marquis, Eric Houzelot, magistral dans le rôle) et Raquel Camarinha, Justine/Juliette, à la fois fragile et capable de vengeance, qui joue avec efficacité de son corps délicatement dénudé et désirable se déroule avec comme témoins quelquefois présents et sinon cachés derrière des paravents, en fait l'orchestre (l'ensemble Multilatéralle dirigé par Léo Warynnski).


Musica 2017 - La Passion selon Sade - Photo: lfdd


La pièce de Sylvano Bussotti "La Passion selon Sade" qui en 1965-66 a surpris son public, a gardé ce côté étonnant de collage musical et dont les seules paroles, magnifiquement interprétées par Raquel Camarhina sont celles d'un poème de Louis Labbé:  

Ô beaux yeux bruns, ô regards détournés

Ô beaux yeux bruns, ô regards détournés
Ô chauds soupirs, ô larmes épandues,
Ô noires nuits vainement attendues
Ô jours luisants vainement retournés !

Ô tristes plaints, ô désirs obstinés,
Ô temps perdu, ô peines dépendues,
Ô mille morts en mille rets tendues,
Ô pires maux contre moi destinés !

Ô ris, ô front, cheveux, bras, mains et doigts !
Ô luth plaintif, viole, archet et voix !
Tant de flambeaux pour ardre une femelle !

De toi me plains, que tant de feux portant,
En tant d'endroits d'iceux mon coeur tâtant,
N'en est sur toi volé quelque étincelle.


Le summum, et l'extase de la pièce sont atteints lorsque Justine chuchotte les paroles de la passion de Matthieu de Bach "Blute nur, du liebes Herz":

Blute nur, du liebes Herz !
Ach, ein Kind, das du erzogen,
Das an deiner Brust gesogen,
Droht den Pfleger zu ermorden,
Denn es ist zur Schlange worden.

La Passion (de Sade) est dite et vécue, comme il se doit, magnifiquement.


La Fleur du Dimanche  

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